Une jeune femme à l'allure élégante, l'indispensable sac monogrammé porté à la saignée du coude, pousse un landau inhabituellement bas sur roues, couvert d'une capote en plastique qui détonne singulièrement avec le soleil qui éclaire la rue. Au moment de la croiser, un article lu quelques semaines auparavant sur la nouvelle mode tokyoïte qui déferle à Hong Kong me revient en mémoire. J'ai devant moi une de ses dernières victimes : en lieu et place du poupon, se tient un chien de poche plus proche du chihuahua que du Saint-Bernard. C'est un fait de société dont se faisait l'écho le journaliste : les Japonaises préfèreraient élever un chien plutôt qu'un enfant, et assument ce choix de façon extrême en prenant soin de l'animal comme s'il s'agissait d'un nourrisson.

Dans notre quartier, les boutiques consacrées aux chiens et chats sont étonnamment nombreuses, de l'animalerie classique avec ses chatons en vitrine pour attendrir les clients au salon de beauté canine où Médor pourra être relooké à la Française, béret y compris. Le chien est un animal que l'on croise fréquemment ici, dans toutes les tailles, toutes les

races. J'ai pris l'habitude de partager l'ascenseur du matin avec un voisin et ses deux caniches, femelles, m'a-t-il expliqué après s'être assuré que leur présence ne m'indisposait pas. En face de l'arrêt du bus, une fleuriste lève le rideau chaque matin sous le regard protecteur de ses deux énormes labradors.
Parmi les spectacles les plus déroutants des premiers jours, il y a cette ronde des maids philippines (objet d'un prochain billet) qui matin et soir promènent les chiens de leurs patrons, armées de vieux journaux et de bouteilles d'eau : le journal pour en déposer une feuille prestement sur le trottoir dès que l'animal marque l'arrêt et s'accroupit de façon significative, de l'eau pour nettoyer le macadam. Loin de constituer un mets de choix servi dans les restaurants, le chien et le chat ont au contraire un sort enviable et sont préservés, voire chéris et dorlotés. Les seuls cas de chiens comestibles recensés sont le fait de pythons affamés qui rôdent du côté des Nouveaux Territoires, dans les zones écartées des sentiers balisés. L'incident a eu lieu à deux reprises depuis l'été, la dernière fois remontant à mi-septembre : une femme a vu son husky voracement avalé par un estomac long de quatre mètres.
Les requins, autre peur irrationnelle, sont présents eux aussi, au propre comme au figuré, et les consignes de prévention très claires et précises :
Safety Advice on How to Avoid Shark Attack
Do not enter the water when the shark warning flag and red flag are hoisted.
Even when no shark warning flag is hoisted, please observe the following advice:
Do not swim alone.
Do not swim at dawn, at dusk or at night.
Do not swim if you are bleeding or have any open wound.
If schooling fish start to behave erratically or start to congregate in unusually large numbers, leave the water.
If a large fish is sighted in the area, leave the water as quickly and calmly as possible.
In case of emergency, please follow the instruction of the lifeguards.
Swim within the red boomline of the beach and keep away from the shark prevention nets.
In case of sighting of shark or shark-like object, please dial 999 immediately.
De quoi calmer mes ardeurs de nageuse de fond.
Au figuré, comme le rappelait une campagne publicitaire très réussie affichée en septembre aux arrêts de tramway dans le quartier des affaires. Elle montrait un requin terrifiant, démultiplié, ouvrant largement la gueule sur sa double rangée de dents effroyablement aiguisées. Le tout pour évoquer les requins de la finance qui sévissent à Central, et assument parfaitement leur statut de prédateurs ultra-libéraux.
En guise de conclusion, cette photo prise ce matin dans une pharmacie.